La Saint-Rémoise Florence Aprin, professeur des écoles à l’école de la République, a reçu en mars dernier le prix Robert-Leroy pour son ouvrage Adessias Papé Colas !. Le lancement du livre, publié avec le soutien de la ville de Saint-Rémy-de-Provence, est organisé à la bibliothèque municipale les vendredi 16 décembre à 18h30 et samedi 17 décembre 2022 de 10h à 12h, en présence de l’autrice. Celle-ci dédicacera également ses ouvrages le samedi 17 décembre après-midi à Saint-Rémy Presse.

Arlésienne de naissance, Florence habite le mas de Bovis, au pied des Alpilles, depuis son mariage il y a plus de 30 ans avec Bruno Aprin, arrière-petit-fils du Papé Colas à qui le livre est consacré. Elle nous raconte l’aventure de ce livre qui a nécessité 3 années de recherche et d’écriture.

Pouvez-vous nous raconter quelle est la genèse de ce livre ?
Lors de chaque repas en famille, mon beau-père Jean Aprin ainsi que ses frères ainés, Nicolas et Louis, aimaient nous conter leurs souvenirs d’enfance et le travail des champs, leur vie passée au mas. Cela m’a toujours passionnée, parce que je suis historienne dans l’âme. Après chaque repas, je griffonnais sur des morceaux de papiers, chaque anecdote, chaque souvenir. Au fil des années, j’ai décidé de tout noter dans un petit cahier. Je voulais en faire un « livre de mémoires » pour mes filles. Notre famille habitant ce mas depuis onze générations, je trouvais dommage que cette mémoire disparaisse. Jamais je n’aurai eu l’idée de l’éditer. Un jour que je parlais de ces « mémoires » à mon ami et collègue Christophe Jouve, celui-ci m’a alors conseillé d’en faire un vrai livre et de participer au prix Robert-Leroy. J’ai donc tenté l’expérience et j’ai remporté le prix. Alors, encore une fois, merci Christophe !

Quelle a été votre méthode pour écrire ?
Lorsque j’ai décidé de faire de ce cahier d’écolier un vrai livre, je suis bien entendu partie des notes prises au fil du temps. Mais je ne pouvais pas me contenter de retranscrire leurs souvenirs sans vérifier ni les noms, ni les dates, ni les faits. Je me suis donc rendue à maintes reprises à la bibliothèque Joseph-Roumanille ainsi qu’aux archives municipales. J’ai fait des recherches, j’ai essayé de mettre un nom sur les photos jaunies. J’ai épluché les livres, les registres et les actes, guidée et conseillée par Alexandra Roche-Tramier du service des archives.

À force de recherches et de trouvailles incroyables sur les ancêtres de mes filles, je ne pouvais plus m’arrêter. J’ai donc voulu pousser plus loin mes investigations. L’étape suivante fut de compléter les souvenirs des membres de la famille. J’ai donc passé des heures à interviewer avec un dictaphone, des cousines, des habitants du quartier du Grès et bien d’autres Saint-Rémois, tous nés entre 1930 et 1940. Ce fut de magnifiques moments de partage. Chacun m’a raconté ses souvenirs : la guerre, l’agriculture, l’école… Et là encore, je me suis rendue aux archives afin de vérifier toutes ces informations.

La dernière étape fut donc de faire un livre de ces souvenirs. Comment faire ? Ma priorité était de faire un livre accessible à tous. Je pensais notamment aux jeunes. Je ne voulais pas en faire un catalogue de faits historiques et complexes. Je voulais simplement transmettre. J’ai donc eu l’idée de réunir, fictivement, toutes les personnes qui ont participé à l’élaboration de ce livre autour d’un goûter un beau dimanche après-midi. Jean, le grand-père, et tous les autres, aident les petites filles pour un devoir de classe en leur racontant la vie d’avant du temps de Papé Colas.

Présentez-nous ce fameux « Papé Colas »…
Pour le découvrir, il faudra lire le livre ! Ce que je peux néanmoins vous dire de manière succincte, c’est qu’il est le personnage au centre du livre. Colas, Nicolas Aprin de son vrai nom, est né à Saint-Rémy-de-Provence en 1875 sous Mac Mahon, et il y est décédé en 1965 alors que le Général de Gaulle était au pouvoir. Il est l’arrière-grand-père de mon mari Bruno, garde au canal des Alpines. Berger et cultivateur, Colas fut un travailleur acharné toute sa vie et prit soin de mettre toute sa grande famille à l’abri. Il a également œuvré pour la ville, l’économie saint-rémoise, l’école et l’Amitié laïque. On disait de lui que c’était un “bèn fasen”. Et je n’en dirai pas plus… le reste, il vous faudra le découvrir !

Quels grands personnages a -t-il rencontrés ?
Comme je vous l’ai dit plus tôt, Colas est né au 19e siècle et il a côtoyé des personnages illustres de cette époque, comme Vincent Van Gogh qu’il a vu peindre dans les champs d’oliviers près de Saint-Paul. Il a vécu du temps de Mistral le poète. Plus tard, il croisa le docteur Schweitzer pendant la Première Guerre mondiale. En ce qui concerne nos célébrités saint-rémoises, il fut le grand-oncle de Marcel Bonnet. Il fit les marchés à moutons avec « Lou Souvage ». Il était un camarade de Casimir Mathieu (chef de la Résistance saint-rémoise). Il a également fort bien connu Charles Mauron (résistant, homme de lettres et Maire de Saint-Rémy-de-Provence) et Marie Mauron, écrivaine et poétesse de renom.

Qu’est-ce que cela vous a fait de recevoir le Prix-Robert-Leroy ?
Je dois avouer que j’ai été profondément touchée et honorée de remporter le Prix Robert-Leroy. Mais j’ai surtout été très surprise d’apprendre que le jury l’avait choisi à l’unanimité. Parce que je n’avais pas la prétention de croire que mes écrits intéresseraient le comité de lecture et leur plairaient autant ! Je sais que ce qui leur a énormément plu, parce que nous en avons discuté par la suite, c’est l’universalité des thèmes abordés dans le livre, chapitre après chapitre. Ce livre n’est pas qu’une histoire de famille. Il peut parler à tout le monde, y compris aux non-Saint-Rémois, parce que tout un chacun peut se retrouver dans ces souvenirs ou revivre la vie d’un de ses ancêtres.

Où le livre sera-t-il distribué ?
On pourra le trouver dans les CDI des 3 écoles élémentaires, du collège et du lycée agricole. Il y aura également une action pédagogique dans une classe de l’école de la République où j’enseigne. Cela rendra hommage au Papé Colas qui fut l’un des premiers élèves à y être inscrits en 1881. Et si certains professeurs du collège ou du lycée souhaitent une intervention de ma part dans leur classe ou au CDI, je le ferai avec grand plaisir. C’est vraiment le but de ce livre : la transmission de mémoire. Pour que les générations futures se souviennent.

Adessias Papé Colas est votre 3e ouvrage, avez-vous d’autres projets ?
J’écris depuis que j’ai l’âge de dix ans, je crois. J’ai toujours aimé cela. Écrire pour moi était une échappatoire. J’ai plusieurs manuscrits dans mes tiroirs que je sortirai peut-être un jour. En général, j’écris des histoires qui s’adressent aux adolescents. J’ai en effet publié deux premiers livres inspirés de faits réels et très personnels. Lou qui recherche un prince charmant, puis le bonheur, désespérément. Je suis en train de réfléchir à l’écriture du troisième tome de Lou. Mais je viens de reprendre le manuscrit d’un livre d’aventures que j’avais écrit il y a 5 ans, Hope – Du sang de pirate dans les veines. Qui sait, je le publierai un jour, peut-être !

Le livre sera disponible à la vente à Saint-Rémy-Presse, au Musée des Alpilles ou par e-mail pape.colas@gmail.com

Robert Leroy dans les archives municipales à la bibliothèque (photo Bernard Lecointe)

En 2015, à la demande de la famille de Robert Leroy (1928-2012), la ville de Saint-Rémy-de-Provence a créé un prix littéraire qui récompense une étude originale et inédite, consacrée aux Alpilles et s’attachant principalement à Saint-Rémy-de-Provence et à son terroir, sur la période allant de l’Antiquité à nos jours.

Fidèles à la mémoire de Robert Leroy et de son père, le Docteur Edgar Leroy, les membres du jury sont sensibles à l’intérêt scientifique des études en compétition, mais aussi à ses aspects didactiques et pédagogiques, permettant leur accessibilité à un public le plus large possible. La première édition a récompensé Louis Durand pour son ouvrage Sortis du tiroir – Sourti dóu tiradou, passe temps de l’enfance à nos jours (1948-2014), écrit en deux langues, français et provençal.

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 16 décembre 2022 à 16:30