Cinquantenaire de la disparition de Jean Proal

Expositions dédiées à Jean Proal pour le cinquantenaire de sa disparition.

Jean Proal a déjà séjourné à Saint-Rémy chez Marie Mauron, qu’il a rencontrée par l’intermédiaire de leur éditeur commun à la fin des années 1930. Mais c’est lors de sa rencontre avec sa deuxième épouse Suzanne Gontier qu’il viendra s’installer à Saint-Rémy, hébergé au mas de Berne par Jean de Beucken. C’est par l’intermédiaire de ce baron belge que Jean Proal va se lier d’amitié avec des peintres, des écrivains, acteurs de la vie culturelle saint-rémoise des années 1950 : Charles et Marie Mauron, Marie Gasquet, Georges Item, Hans Hartung, Anna-Eva Bergman…

À Saint-Rémy, il va énormément aimer les Alpilles qui vont lui inspirer des textes comme De sel et de cendre, Le Vin d’orage ou encore L’Or de vivre. Avec la Camargue qui n’est pas loin de Saint-Rémy, elles seront une autre « chair du monde » comme l’a été auparavant la montagne de son enfance. Il connait en Provence la période la plus heureuse de sa vie, aux côtés de Suzon et de tous leurs amis.

« Il partait à pied le matin avec son chien à travers la colline et il rentrait le soir. Il a été très attaché aux Alpilles. Là, il a retrouvé une joie de vivre qu’il avait perdue depuis son adolescence. Mais il a eu une passion pour la Camargue, qui n’est pas très loin d’ici, et où nous avons fait ensemble de longs séjours. […]

Jean Proal avait le goût de l’amitié. Il ne faisait aucune pression sur les gens. Il était attentif, et on sentait qu’il était attentif, et qu’il essayait – ou il n’essayait pas, peut-être c’était naturel… En tout cas on devenait soi-même en face de lui. Et nous avons eu des amis communs. Il y avait – à tout seigneur tout honneur – Hans Hartung qui est le grand peintre que tout le monde connait, Roberto Rossellini, le metteur en scène, Mario Prassinos, qui est également un peintre réputé, et un qui lui était particulièrement cher, Georges Item. »

Suzon Proal

Malheureusement, ses ennuis pulmonaires s’aggravent et il est contraint en 1960 de faire un long séjour au sanatorium d’Amélie-les-Bains.

Hospitalisé d’urgence à Avignon, suite à une mauvaise grippe ayant occasionné des troubles respiratoires, Jean Proal meurt le 24 février 1969. Il sera enterré au cimetière de Saint-Rémy où viendront plus tard le rejoindre son épouse Suzon et son ami Georges Item.

Jean Proal, écrivain de la montagne et de la mer

Originaire de la vallée de l’Ubaye par son père, Jean Proal est né le 16 juillet 1904 à Seyne-les-Alpes. Après ses études au lycée de Digne, il travaille dans l’administration à Voiteur, Malaucène, puis Paris.

Il démarre tôt sa carrière littéraire et collabore à des revues tels L’Arlequin dignois, Le Feu, La Nouvelle Revue Critique, Les Lettres Françaises, les Nouvelles Littéraires, La Revue Hebdomadaire…

Son premier roman écrit, Les Arnaud, est retenu pour le Prix Goncourt mais ne sera publié qu’en 1941. Tempête de printemps paraît en 1932 chez Denoël.

Introduit dans le monde culturel et de la critique littéraire de l’époque, il lie des contacts féconds, souvent amicaux, avec des écrivains, tels Joseph d’Arbaud, Henri Bosco, Max Jacob, Jean Tardieu, Blaise Cendrars, Joseph Delteil, Jean Giono, Maria Borrély, Marie Mauron, Lucien Henry, Dominique Aubier, Léon Derey ; ou des peintres, tels Lucien Jacques ou Louis Pons et Roger Van Rogger. Il rencontre des hommes de cinéma comme Henri Calef, Roberto Rossellini, Henri Clouzot, Denys Colomb de Daunant ; des gens de théâtre dont Louis Jouvet et Léo Lapara, Charles Dullin, Marguerite Jamois ; de radio et de télévision, Pierre Loiselet, Pierre Dumayet… Il côtoie et parfois sympathise avec des éditeurs, Denoël bien sûr mais aussi Julliard, Gallimard, Marguerat, ainsi qu’avec des directeurs de revues. En 1943, il reçoit le Prix Cazes pour Où souffle la lombarde, puis le Grand Prix du roman de la Société des gens de lettres pour De sel et de cendre en 1953 et le premier Prix de Provence, à Ventabren, pour l’ensemble de son œuvre en 1961. Jean Proal est d’abord un écrivain mais, conscient de leur avenir, il est attiré par les supports modernes – radio, cinéma, télévision. Bagarres est adapté au cinéma par Calef, avec, entre autres acteurs, Maria Casarès, Marcel Mouloudji et Jean Vilar.

En 1950, gravement malade, il ne peut plus assumer ses fonctions de receveur et s’installe à Saint-Rémy-de-Provence où il continue de participer à des émissions littéraires. C’est alors qu’il se passionne pour la Camargue. Toute sa vie, il eut un grand sens de l’amitié, et y figurent, à partir des années 1958, Anna-Eva Bergman, Hans Hartung, Georges Item et Mario Prassinos. Écrivain de la montagne et de la mer, il meurt, hospitalisé à Avignon, le 24 février 1969.

Grâce à son épouse Suzon Proal-Gontier, les archives de Jean Proal sont conservées aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence.

Denys Colomb de Daunant, l’homme de Cacharel

Denys Colomb de Daunant est né à Nîmes en 1922. Ecrivain, poète, photographe et cinéaste, personnage hautement symbolique de la Camargue, aristocrate et dandy, il fut aussi manadier.

Issu d’une famille protestante du Gard, les Colomb de Daunant sont des grands propriétaires de terres, de mas agricoles et d’usines.

Sous l’occupation, il fut contraint de fuir la France après avoir insulté un officier allemand. Il essaya de rejoindre l’armée française libre au Maroc, mais fut arrêté en passant la frontière pyrénéenne et jeté en prison par les Franquistes. À son retour, il acheta en 1947, à l’âge de 25 ans, le Mas de Cacharel, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, et s’y installa, le transformant en auberge rustique pour cavaliers. C’est là qu’il vécut, entre ses nombreux voyages, pendant soixante ans.

En 1948, il épousa Monique Bonis, la petite-fille du marquis de Baroncelli. Il fut l’un des co-auteurs, avec Albert Lamorisse et James Agee, du scénario du court-métrage Crin-Blanc : le cheval sauvage, sorti sur les écrans en 1952 ; et co-auteur, avec Albert Lamorisse, du roman de même nom paru en 1953. C’est avec ses chevaux que fut tourné le film tandis que le mas de Cacharel servit de lieu de tournage aux scènes de dressage et de combat.

Il fut également co-auteur, avec l’écrivain Jean Proal, du livre Camargue – terre des chevaux et des taureaux sauvages, paru aux éditions Marguerat en 1955, ouvrage dans lequel il signe toutes les photos.

En collaboration avec Pierre Aubanel, il publia en 1990 un recueil illustré, Les Derniers cavaliers du monde, où il fait montre une nouvelle fois de ses talents photographiques.

Il est décédé le 22 mars 2006, à Nîmes. Ses deux enfants, Florian et Sylvie Colomb de Daunant continuent à faire vivre la manade Cacharel.

Georges Item, dit « Chéco »

Georges Item est un peintre suisse né en 1927. Comme Jean Proal, c’est un montagnard amoureux de la nature. Durant l’été 1948, à 21 ans, il décide de partir en Provence avec deux amis. Il a alors le coup de foudre pour Saint-Rémy. Il va acheter « le mas de Cinq Sous », un mas délabré qu’il va restaurer pour en faire son havre de paix, dans lequel il vivra jusqu’à sa mort. Parmi les amitiés qu’il va lier à Saint-Rémy, il y a Jean de Beucken, écrivain belge qui va lui faire rencontrer Jean Proal. Les années saint-rémoises seront une époque de bonheur mais pas de facilité. Avec son épouse Françoise, il mène une vie simple et authentique : le mas n’a pas les commodités modernes, ni électricité, ni eau courante, ni chauffage. Malgré toutes les difficultés, Georges Item peut enfin se consacrer à sa passion, la peinture. Il travaille beaucoup, de la peinture à l’huile mais également des lithographies pour illustrer L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht.

En 1953, il découvre la Camargue avec Jean Proal et en peint des paysages. Il produit alors une œuvre originale, dans laquelle il élimine les détails et de retient que les formes, les lignes, les couleurs. Les taureaux et les chevaux sont parfois représentés dans le paysage.

À la même époque, il se détourne des paysages de plaine pour ne plus pendre que les Alpilles, la roche, la garrigue comme des lignes aiguës des montagnes arides qui déchirent le ciel de Saint-Rémy. Dans sa recherche picturale, Item tend vers l’abstraction mais ne se défait jamais du réél.

Il meurt le 31 mars 1990 et sera enterré à côté de son ami Jean Proal dans le cimetière de Saint-Rémy.