Entre 2005 et 2021, les municipalités successives ont accordé les permis de construire d’environ 1 500 logements, tous types confondus (privé, social, collectif ou individuel…), ce qui est une cadence record dans l’histoire de la commune. Pourtant, durant la même période, les chiffres de l’Insee indiquent une baisse de la population d’environ 500 habitants. Et ces dernières années, force est de constater que se loger est devenu de plus en plus difficile et cher. Comment l’expliquer ?

« Bien que l’offre de logements ait fortement augmenté en 20 ans, elle reste toujours insuffisante au regard d’une demande croissante elle aussi, sous l’effet de plusieurs phénomènes qui étaient auparavant nettement moins marqués », résume le maire Hervé Chérubini.

Le premier de ces phénomènes, d’ordre sociologique, est la décohabitation, qui survient lorsqu’une personne quitte le logement qu’elle partageait avec d’autres. Autrefois liée au départ des jeunes du domicile des parents, elle découle aujourd’hui beaucoup de ruptures conjugales ou de mutations professionnelles. Conséquence immédiate : il faut davantage de résidences pour loger le même nombre de personnes, désormais séparées.

« Saint-Rémy a de plus vu le nombre de résidences secondaires doubler depuis 2008, atteignant aujourd’hui un nombre de 1 295, soit 22% du parc total », explique le maire. Alors que ces résidences étaient autrefois habitées à l’année par des familles, elles sont aujourd’hui occupées en saison, par des personnes au profil aisé, ayant parfois déjà un long parcours professionnel derrière elles.

Par ailleurs, conséquence de la forte attractivité touristique de Saint-Rémy, plusieurs centaines de meublés ont été placés ces dernières années sur le marché de la location saisonnière de type Airbnb, plus rentable pour les propriétaires que la location longue durée.

Habitat vétuste

En parallèle, une partie de l’offre de logements dans le parc locatif privé est constituée de logements anciens, vétustes voire dégradés car n’ayant pas toujours fait l’objet de réhabilitations au fil des années et de l’évolution des règlementations.
Les occupants, à juste titre, souhaitent les quitter, frappés par la coûteuse précarité énergétique ou encore en raison des problèmes de sécurité ou de santé qui en découlent.

Enfin, il y a la problématique des immeubles à l’accès commun entre le rez-de-chaussée commercial et le logement de l’étage, qui historiquement était occupé par le propriétaire du commerce. De nos jours, les locaux commerciaux sont souvent loués et les propriétaires ne résident plus sur place. Parce que c’est plus simple et que cela n’engendre pas de travaux, ces derniers préfèrent souvent proposer un bail commercial pour l’ensemble de l’immeuble, désignant ainsi le logement comme réserve. Ce phénomène crée donc une perte de logement potentiel.

Rareté du foncier

Mais alors, pour résoudre le problème, ne suffirait-il pas de créer davantage de logements ?
« C’est malheureusement plus compliqué que cela », nuance Hervé Chérubini. « Lorsque l’on isole l’une de l’autre les différentes problématiques auxquelles fait face la commune, les solutions semblent en effet assez simples. Pas assez de logements ? Il n’y a qu’à en construire ! Pas assez de places de stationnement ? Créons des parkings ! Pas assez d’emploi ? Agrandissons les zones d’activités ! »

Mais ces solutions sont peu applicables dans la vie réelle, car elles se heurtent toutes aux mêmes limites : celle du foncier disponible, qui est rare, coûteux et qu’il faut donc partager, et celle de la règlementation, toujours plus stricte. « Il y a 20, 30 ou 40 ans, on pouvait facilement convertir des zones agricoles ou naturelles en lotissements ; ça n’est plus aujourd’hui ni possible ni souhaitable, au regard des enjeux environnementaux et climatiques. »

Aujourd’hui, la règlementation impose ainsi de construire au sein de l’enveloppe urbaine, en densifiant l’espace urbain existant et en supprimant les « dents creuses », afin de préserver les campagnes. « À cet effet, le plan local d’urbanisme (PLU) de Saint-Rémy en 2018 a “rendu” à l’agriculture 72 hectares que le plan d’occupation des sols (POS) prévoyait d’urbaniser. Sans cette mesure décidée par la municipalité, le PLU n’aurait pas été validé par les services de l’État. Et avec le plan « Zéro artificialisation nette » (ZAN) que la France a adopté en 2021 pour, à terme, stopper la consommation d’espaces naturels, cela va encore se compliquer pour les communes dans les années à venir. »

Des projets immobiliers retardés

Si les contraintes règlementaires s’imposent à la plupart des communes de France, Saint-Rémy a par ailleurs subi des retards dans la réalisation de certains projets.

Les 152 logements du quartier des Cèdres, qui correspondent à la plupart des besoins et respectent la règlementation, auraient dû permettre de maintenir le rythme de construction observé depuis 2005. Malheureusement, les recours d’associations et de particuliers contre le permis de construire accordé en novembre 2020, recours rejetés depuis par la justice à deux reprises, ont bloqué le projet pendant 3 précieuses années, au détriment des familles qui s’étaient positionnées.

Autre retard constaté : au quartier d’Ussol, les demandes de permis de construire des 8 logements sociaux ont été déposées plus tardivement que prévu, ce qui rallonge les délais d’instruction et de réalisation.

« La situation actuelle, qui est aussi la rançon de la gloire d’une commune très attractive, résulte, on le voit, d’une conjonction de phénomènes qui rendent impérieuse la nécessité de produire des logements sans pour autant la faciliter. Malgré ces vents contraires, nous sommes déterminés à agir, en actionnant tous les leviers disponibles, pour permettre aux Saint-Rémois de rester vivre sur leur commune. Il y va de notre avenir ! », conclue Hervé Chérubini.

(Cet article est paru dans le Journal de Saint-Rémy-de-Provence n°78)

LES CHIFFRES DU LOGEMENT

Fin février, l’étude de faisabilité de l’OPAH-RU a dressé le portrait suivant du parc de logements à Saint-Rémy :

  • 6501 logement (Insee 2020)
  • 70,8% de résidences principales
  • 21,6% de résidences secondaires
  • 7,6% de logements vacants
  • 22% du parc considéré comme ancien (construit avant 1946, avec bâti vétuste, souvent structuré en petites pièces, difficile à rénover et énergivore)
  • un prix médian des maisons passé de 308 806 € en 2010 à 496 025 € en 2020
  • un prix moyen de location au mètre carré à 14 €, contre 5,50 € pour le logement social

Cet article a été modifié pour la dernière fois le 4 mars 2024 à 15:50