La Provence à l’affiche

De l’identité Provençale, l’affiche a rapidement et magistralement fait sienne. Lorsque de grands noms comme Dellepiane ou Lelée mettent leur talent au service de la promotion et de la valorisation du patrimoine culturel de ce territoire, la Provence ne peut être que magnifiée.

Sans trahir la tradition, les affiches qui célèbrent les fêtes provençales et les différentes manifestations félibréennes initiées par Frédéric Mistral, exaltent les couleurs du midi, la beauté de l’Arlésienne et la richesse du patrimoine culturel.

L’affiche dépasse alors son statut de mémoire de la rue pour devenir témoin d’une histoire commune, celle d’un village, d’une ville, d’une identité.

Esprit de fêtes

L’affiche est en elle-même un événement et fait partie de la fête urbaine tout autant que la musique et la lumière. L’affiche attire, elle fait naître la curiosité à travers cette fenêtre ouverte sur le rêve. La fête y tient donc naturellement sa place.
Fêtes du quotidien, fêtes nationales, fêtes urbaines ou agricoles, l’affiche semble toujours annoncer les présages de moments de rencontre et de joie.

Les fêtes de quartiers tiennent une place importante dans tous les villages et particulièrement à Saint-Rémy-de-Provence. Les quartiers de la Trinité, des Jardins, des Antiques ou de la Galine, tous rivalisent d’attractivité que les affiches illustrent à merveille.

La Provence en fête

La diversité des affiches annonçant les fêtes taurines témoignent du succès de célèbres manades et de l’immense popularité de certains taureaux de courses camarguaises, médiatisés à l’égal de vedettes du Music-hall comme Le Sanglier ou Le Clairon.

Comme une floraison printanière, les affiches envahissent alors les murs aux temps venus des rencontres où liesse populaire rime avec enracinement de l’identité d’un territoire.

Le sport et ses rencontres amicales ou professionnelles s’affichent également. Les grandes messes nationales comme le Tour de France ou locales comme la course des Alpilles côtoient les annonces de match de boxe ou la confrontation de club de football.

Tout est fête et l’affiche pourtant si fragile devient l’un des seuls témoignages vivants et préservés de cette mémoire festive, vecteur d’unité sociale.

Art de la rue

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, l’affiche s’affranchit des contraintes qui la cantonnaient à une diffusion limitée. Les procédés lithographiques puis chromolithographiques vont lui permettre d’acquérir ses lettres de noblesse. L’affiche n’aura ainsi de cesse d’attiser l’intérêt d’artistes, de créateurs et de collectionneurs. Cet engouement tient en grande partie au développement économique et urbain d’une société qui s’ouvre à la consommation de masse et dont l’affiche est une des actrices les plus visibles.

Art de la rue, l’affiche n’est pas la simple déclinaison d’un art pictural en quête de support nouveau, mais un art à part entière distinct de tout autre.

Grâce à l’intervention d’artistes précurseurs, la voie d’une nouvelle expression artistique apparaît. Des artistes de renom comme Toulouse-Lautrec, Mucha mais aussi Bonnard vont se faire les plus ardents défenseurs de cet art. Ainsi, peintres académistes tout autant que symbolistes, illustrateurs et chantres de l’Art Nouveau, acteurs du cubisme et de la modernité, tous vont contribuer à la richesse de cette promenade artistique quotidienne qui nous est offerte.

Mémoire de la rue, les affiches deviennent les oeuvres d’un musée à ciel ouvert où les passants découvrent sans en prendre réellement conscience, des œuvres de Manet, Vuillard, Valotton, Lelée, Colin, Picasso ou Cocteau mais aussi Bezondes, Buffet et Brayer. L’affiche au langage artistique foisonnant s’avère ainsi accessible au plus grand nombre, « populaire et aristocratique » comme la définissait le célèbre affichiste Raymond Savignac.